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Un peu de poésie

ADAGIO – Piazza San Marco

Vue du vaporetto , la ville semble flotter .
L’orage est sur l’Adriatique et l’air la fait vibrer .
Piazza San Marco et le palais des doges,
Chers à Marco Polo , enveloppé dans sa toge.
En face, on voit la Douane de mer,
Et aussi la Salute, bâtie comme un amer,
Pour guider les marins,
Vers un havre certain.
Le fond de nuages est gris,
L’horizon est bien pris…
Mais les eaux sont d’argent,
Qui portent les gondoles à lutter dans le vent.

Salut à toi,Venise,

Campée sur tes assises,
Là, juste au ras de l’eau,
Comme un immense et superbe radeau.
Légitime splendeur, divine Sérénité,
Fille de la mer et du vent, éléments associés…
Parfois l’acqua alta vient recouvrir tes dalles
Et faire de Saint Marc un sublime amiral.
Dressé, tel ton lion ailé, sur ta noble colonne,
Tu attends que pour toi le vent bientôt adonne.

Salut à toi, Venise,

Ta beauté se précise.
A mes yeux éblouis, tes attraits sans pareils,
Exposent tant et tant de divines merveilles…
Tu lévites, et pourtant, rien dans ton destin
Ne semble t’inquiéter. Le plus sombre devin
Ne saurait, comme Cassandre,
Emouvoir ta beauté, et prendre
De ta superbe, à tes lèvres le sourire,
Comme ta grâce, assombrir …

Fille de la lagune, superbe aventurière,
Ta légèreté baroque tient si peu à la Terre .
Tu semble immatérielle, née d’un faisceau d’idées,
Tu reposes bien droite sur tes bois pétrifiés,
Dans une humble et si humide argile…
Tu défies le temps et tu es si fragile.
Et ce contraste t’élèves en majesté,
Et inscrit dans nos cœurs une étrange fierté,
De te voir au péril des ondes, si frêle et si instable ,
Et pourtant , à nos pas foulant tes dalles, si fiable…

Mais qu’importe l’eau qui sourd,
Qui méandre en canaux, avec maints détours….
Même le Sirocco ne peut te submerger,
Et si quelque jour, on tente de te juger,
On verra que tu vis d’une sublime pensée :
Ta dévotion au Beau et ton altérité,
Prouvent que de peu, mais avec tant d’art
Tu te fis chef d’oeuvre offert à nos regards,
Comme l’affirme chaque palazzo,
Campé fièrement au bord de l’eau.

Un hasard t’aurait faite ? Juste quelques Vénétes
Cherchant dans tes ilots, de discrètes retraites?
Non cela ne se peut ! Il fallut aux anciens
Le talent, le génie, qui firent les vénitiens.
Au long de tant de siècles de conquêtes, d’aventures marines,
De commerce, tu restes pour toujours cette Sérénissime,
Croisant, mêlant, brassant en un épitomé,
Tout ce qui nous attire, oh Méditerranée !

Tout ce qu’il y a de grand, de l’or et puis des dieux,
Dispensateurs profus, fondateurs de ces lieux,
Et tant d’artistes et de savants démiurges,
Tant de rares créateurs. Qu’on en juge !
Des colonnes doriques, ioniennes,
Et aussi corinthiennes,
Des livres, des parchemins, des volumen,
Des grimoires…Toute la pensée ancienne,
Hébraïque, Arabe et Byzantine, nourrissant ta psyché,
Et toute l’oeuvre latine, fondant ta chrétienté.
Tu es autocéphale, ne dépends pas de Rome,
Tu as ton Patriache, qui veille, le saint homme,
Aux reliques de Saint Marc, prises à Alexandrie.
La Fenice est ton théâtre, haut lieu de comédie…
Sanctuaire de l’opéra,
Qui du feu ressuscita…
Sur tes places, veillent les lions d’albâtre !
Tes naumachies voient s’ébattre
Des gondoles où s’entassent des masques,
On ne sait sous les capes : Carnaval ou frasques,
De l’amour plein le cœur,
Et le goût du bonheur…

J’ai fait de Piazza San Marco mon quartier général,
Après tant naviguer au long du Grand Canal.
A la proue des gondoles, le ferro de prua,
De l’élégant marin, équilibre le bras,
Son aviron agile pose sur la forcola…
Le geste et le chant s’en élèvent la-bas.
A l’avant du bateau c’est bien d’une chimère, l’ancienne et noble tête.
Telle un col de cygne, qui de Venise entière, célèbre toutes les fêtes :
Ses six barres projetées, comptent les sestieri,
La dernière, au dessus, termine la série,
Car elle désigne, plus longue, l’île de la Guidecca,
Qui achève le dessin de Venise, telle un long bras,
Fait pour mieux l’enserrer d’une étreinte éternelle.
La forme serpentine, et pourtant naturelle,
Cette figure de proue, tient lieu de paraphe : le Canale Grande…
Et le Rialto, tend l’arc du haut, à ses pieds, un fabuleux marché…

Moi qui me promenais là, j’ai flairé la lumière…
J’ai parcouru des yeux, les vielles et nobles pierres…
Comme on lit un vieux livre, à la belle reliure.

Et pour remonter le temps, vivre enfin mes lectures,
Je me suis installé au Café Florian.
Comme libéré du temps, j’ai remonté les ans…
Au milieu des peintures, survolées de dorures.
J’ai évoqué les esprits de tous ces écrivains, dont la culture
Est tout autant la mienne. Ils m’avaient oint de leur talent.
Ils m’offraient ce bonheur, que l’on prend en rêvant.
Ils s’étaient assis là, Musset et George Sand…
Casanova s’y montra, aux bras de tant de femmes.
Verdi y écrivit les mesures qui enflamment.
Goethe y composa de sublimes poèmes.
Byron y rêva liberté pour les Hellènes,
Indépendance et union des Italiens.

Romanciers et poètes, révoltés, libertins,
Beaux esprits et artistes, Tous se sont assis là…
Je songeais à une artiste que je nommerai Maria.
Elle a peint ici, assise dans le même coin que moi,
Sa fille, sa jeune amie, et je ne sais pourquoi,
Il me semblait qu’elle m’avait là donné un rendez-vous,
Sous les stucs et les ors, où je m’assis sans vous…

Hervé ALLIOUX – Venise, le 1er octobre 2012.

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