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La nuit est une sorcière.

Molly - crayon

Molly – crayon

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Poème d’autrefois

PARIS 60

J’aime marcher dans les rues de Paris, passé minuit.

C’est un instant incomparable, quand,

comme anesthésié par une fatigue bienheureuse,

les gestes deviennent lents, automatiques et simples.

On va.

Le cerveau est libre et dégagé, et l’esprit si léger

qu’on a envie de rire,

comme après une légère goutte d’alcool…

J’aime ce balancement, rythmé par ma marche,

des bas de pantalons qui balayent mes chaussures,

là, tout au bas de moi.

Et tout cela défile très régulièrement

sur l’asphalte mouillé,

où s’accrochent les reflets.

J’aime frôler les voitures, alignées au trottoir

en files interminables.

Impassibles dormeurs, que ces automobiles,

ou victimes de guerre,

sagement alignées, dans une morgue improbable,

d’une foule mécanique pour toujours détraquée ?

Des lumières spectrales accrochent

leurs couleurs aux flancs des carrosseries.

C’est l’heure de penser à Isabelle.

Ce n’est pas son vrai nom.

Pour vous il sera tu.

Car je lui ai promis de ne pas révéler

sa blonde identité.

J’évoque sa chevelure à chacun de mes pas.

La ligne de sa nuque,

la courbe de ses épaules,

où j’aimerais tant alors poser ma main.

Mais pour le moment, c’est un désir si vain,

que je décide de ne point m’attarder,

de ne point soupirer.

Je ne sais plus comment, ni pourquoi, cela m’est advenu.

Cette rencontre, je ne la cherchais point.

D’ habitude je le sais, je le sens d’instinct,

quand un être me plaît, que tout sera possible.

Je puis attendre bien longtemps

qu’il se passe quelque chose,

cela finit toujours par arriver.

C’est un être fragile.

Je me demande souvent comment

j’ai pu l’apprivoiser.

Elle était très distante et le regard baissé.

Et cela dure encore : à chacun de mes gestes,

je crains de l’abimer,

comme ces porcelaines dont on use parfois,

cette tasse si fragile qu’on peine à y porter ses lèvres,

tant on a peur de la laisser tomber.

Je ne sais plus pourquoi cette rencontre fut.

On peut croire au destin.

J’en adore les signes.

Souvent pourtant on n’en démêle la trame

que lorsque tout est advenu.

Je ne la cherchais point.

Paris me fascinait.

Vous avez reconnu en moi le provincial,

« monté » faire quelques études dans notre capitale…

Souvenir de jeunesse de mes années enfuies.

C’était en un temps qui n’existe plus.

Le passé simplement. Le gai passé !

Les Dames d’Antan aussi,

Où donc sont elles allées ?

Du temps de ce temps là,

les bus étaient d’un vert wagon,

une couleur militaire,

une nuance bien bouchée,

comme on dit en peinture.

A l’arrière il y avait encore cette plate-forme

où présidait une sorte de « wattman »,

de l’époque des tramway ,

de celle de Marcel Proust.

On montait par cette extrémité, tout à fait à l’arrière.

C’était comme une poupe de bateau,

quelque obscur cargo qui pratique le « tramping »,

ou un « liberty ship », qui brique l’Atlantique.

On enlevait pour vous une petite chaîne,

garde fou dérisoire,

qui n’a jamais empêché quiconque d’en tomber

ou d’en être jeté.

J’y ai parfois songé à ce crime parfait

que Lafcadio commit au cours de son errance.

Fil tortueux de mes pensées,

Oh, « Caves du Vatican » !

Elles étaient bien sombres ces idées d’antan :

A l’époque, je lisais Gide, à en être troublé.

Quand la charge humaine s’était bien cramponnée,

à supposer qu’à l’intérieur il n’y eut plus de place,

l’autobus démarrait en s’inclinant du bien mauvais côté.

Et cela engageait à la promiscuité,

De corps, mêlés à la limite,

comme dans quelque bateau qui contre-gite.

Le wattman à casquette, étoilée d’un macaron doré,

avait tiré la chainette à poignée de faïence,

au-dessus de sa tête,

comme on tire la chasse d’un antique lieu d’aisance.

Il nous montrait bien, comme aussi son air rogue

et sa grosse moustache à la Pierre Larquet

nous l’avait signifiés,

en quelle haute estime, alors il nous tenait.

C’est une infirmité des choses automobiles

que de s’incliner à l’inverse de bien d’autres mobiles,

vélos, avions et même les chevaux,

que d’essayer

de vous « sortir » de leur giration,

telle une sorte de fronde.

La viande humaine dont j’étais,

maintenait son équilibre philosophiquement.

J’ai toujours détesté cette impression.

En métro, il y avait plus à voir.

Beaucoup de stations avaient encore

leur déco Art Nouveau :

Marquises en éventail comme les ailes

que Leonard prête à ses machines volantes,

tout autant nervurées.

Luxuriance des bronzes, des mains courantes,

des piliers, avec fleurs, feuilles et pampres.

Provocation de leurs fers lianiformes:

tiges phalliques, bourgeons clitoridiens,

turgescences diverses,

apposés çà et là, sans qu’on y prenne garde,

clins d’oeil érotiques d’artistes très coquins,

défiants quelques pudeurs de bigotes confites

et avant tout bourgeoises,

ou de leurs filles vierges et qui baissaient les yeux,

sous leur canotiers, leurs bibis à voilette.

Elles devaient arriver de quelque quartier chic,

Neuilly, Seizième, où plus loin Versailles,

la ville de Monsieur Thiers

qui fera fusiller les communards

sous l’oeil ravi des hulans de Bismarck.

J’en sais bien quelque chose :

j’ai un arrière grand-père qui échappa à çà !

Aristo, mais pas bourgeois !

Il était, pour son malheur, du côté

des Rouges et du Peuple souverain,

de Gavroche qui tomba

devant la barricade!

Du coté de la France qu’alors on fusilla.

Et quant on quittait la surface,

on trouvait à quai de ces vielles voitures,

jaunes, à bandeaux bleu clair, avec leurs toits étranges,

semblables à des pagodes qu’on aurait aplaties.

C’est pour l’aération qu’elles étaient mises là.

Dans les tunnels,

des bouffées d’air chaud,

humide et moite,

rappelaient la lourdeur des tropiques, aux passagers des rames.

L’air, puisqu’aussi bien j’en parle,

sentait l’ozone et l’huile chaude des vieilles machines à coudre,

autant que l’antique cave, voutée, fraîche et profonde,

aux parois de salpêtre, où on descend parfois,

pour extraire le bon cru qu’on y a conservé.

Dans ces boyaux urbains, je rêvais des enfers,

du Styx ou de Charon.

J’y lisais Dante, je jure que c’est vrai,

la « Divine comédie », mariée à la RATP.

Certaines stations étaient très exotiques :

Cité :

On passe sous la Seine dans une sorte de cuve,

en tôles cuirassées, avec des rivets gros

comme des pommes d’acier,

portés au blanc, qu’on avait martelés.

S’accrochent au hasard de cette voute obscure,

des passerelles, des volées d’escalier,

des portées de poutrelles.

Ce n’est plus les enfers, c’est le fond sous-marin.

On y attend Némo, avec son Nautilus.

On guette l’attirail de ses scaphandriers, accroché aux parois.

Ou bien c’est la mine mystérieuse,

sans son inondation, sans son lac intérieur.

C’est la houillère d’Ecosse, des « Indes noires »

de mon cher vieux Jules Verne.

On n’y trouve en fait que quelque poinçonneur,

de sa cage grillagée, sorte de rescapé,

car pour lors, il rentre enfin chez-lui.

Son service est fini.

Comme moi, il attend la rame qui sort du tunnel,

en grondant, chuintant et ferraillant,

avec des fréquences qui agacent les gencives .

Les freins sifflent, l’air comprimé fuse.

Cela fait si mal aux oreilles !

Les portes s’ouvrent, d’un glissement brutal,

d’objets en métal

qui se cognent l’un à l’autre.

D’autres voyageurs que moi vont monter.

Il y a une petite vielle, un grand noir,

un ouvrier avec sa gamelle,

deux intellos qui disent des histoires,

des idées éternelles.

Il y a une jeune fille aux jambes nues,

sous une robe légère.

Elle a un béret plat, à ses yeux assorti,

et un léger chandail.

Elle tient un bouquet, pour sa mère, ou sa sœur,

ou décorer sa petite chambre de bonne.

Nous sommes tout à coté du Quai au fleurs,

c’est-là qu’elle l’a choisi.

Sa chambre est sous les toits.

Un miroir ovale, au cadre de noir ébène,

pend à la tapisserie d’un vieux papier rayé.

En montant sur la chaise, on voit par la lucarne,

entre deux cheminées, un bout de Tour Eiffel.

Derrière la vitre deux pigeons roucoulent leurs histoires.

Et quand l’orage, sur Paris gronde,

la pluie y fait comme un doux ruissellement,

là, juste au dessus du plafond

de la soupente.

La fille guettera, venus de l’escalier,

sept étages à monter,

le pas du fiancé, de l’amant.

Il frappera à la porte.

C’est un brun.

Il a le cheveu court et une petite moustache.

Il fume une Gauloise ou bien une Gitane.

Il porte son calot sous sa patte d’épaule.

C’est sa dernière perm.

Demain, il part pour Alger…

Avec la petite, il vont faire l’amour,

pour conjurer le sort qui les frappe tous les deux…

Ces enfants innocents, qu’ainsi on sacrifie,

d’une génération l’autre,

pour satisfaire les intérêts,

de quelques possédants.

C’est une sombre habitude…

Démocraties bourgeoises,

de faire tuer ces enfants,

pour des causes perdues…

Où il n’y a point d’honneur…

La Motte Piquet – Grenelle :

On revient en surface,

au long d’une rue qui va, parallèle à la voie.

C’est comme si la rame enfin sortie de terre,

s’élançait vers le ciel, de quelque matin gris,

car il pleut sur Paris…

Ou c’est la rue qui plonge…avec ses voitures.

Je ne sais pas très bien, car au petit matin,

mon esprit n’est pas clair,

et des pensées atones traînent mes souvenirs de nuit,

celles délicieuses, d’un long moment nocturne

passé avec Sarah.

Cette nuit que je rêve, après l’avoir vécue,

j’en revis en esthète le lent cheminement.

Je l’appelle Johanna, comme elle m’appelle Frantz…

Ainsi, elle m’écrira longtemps avec ce pseudonyme.

J’en ai usé de même pour lui donner réponse.

Nous lûmes ensemble « Les séquestrés d’Altona »,

nous donnant la réplique et nous jouant la pièce…

Rien que pour le plaisir, rien que pour nous deux…

C’était en un temps qui n’existe plus.

Le passé simplement. Le gai passé !

On a les Dames d’Antan qu’on peut,

Où donc sont elles allées ?

Elles sont dans mes souvenirs…

Du temps de ce temps là,

Il y avait Jean-Paul Sartre, et Mauriac, son adversaire…

et Camus, qu’alors je révérais…

Nous avions des maîtres à penser,

différant des héros fabriqués en série,

à Burbank, Californie.

On n’y pense pas grand chose,

sauf à gagner de l’or en donnant en pâture,

quelques bons sentiments, et c’est une mouture,

qui remplit les consciences comme des estomacs.

Mais les affects sont si frustrés,

Les sentiments si mièvres,

qu’aux déshumanisés,

on offre panacée…

La Nausée existentialiste,

c’était un peu plus grand

que ces « house wives » désespérées

de leurs inanités, qu’on nous montre maintenant.

J’ai visité New-York. C’était avec Beauvoir,

aux pages des « Mandarins », c’était une autre histoire !

Je reviens à Isabelle, je reviens à Sarah…

Je reviens au métro…Dans ma tête, tout cela

se met en boucle, en sphères armillaires, dont les octants

portent tant de mes souvenirs, à ces instants.

Sur certains, par périodes je m’arrête,

et comme portées par tous ces épicycles,

mes pensées reviennent en arrière !

Je reviens à Camus,

Je reviens à l’Absurde,

qui de nos vies marque la solitude…

Je n’ai jamais connu de pensée si honnête,

que celle de cet homme là….

Et la rame passe sur le pont de Passy.

On voit la Seine, tant de fois peinte.

Mer pour Paris, Fluctuat nec mergitur,

Océan pour les rêves,

issue d’un Labyrinthe qu’aurait prévue Ariane.

On voit la Tour Eiffel, comme le château de

quelque noir croiseur, Potemkine peut être ?

Mât de nos libertées, ou garçonnes libérées…

Pour ses graciles courbes, on pense à Van Dongen,

mais aussi à Chagal, on croit qu’elle va voler,

vers une voute d’Opéra…

Elle le fera un jour…

De la Cité, on voit, la proue du Vert Galant,

ancrée entre les quais…et de l’eau tout au bord.

Si l’on regarde bien, là-bas, vers babord,

C’est la Conciergerie, où Robespierre vécut

ses ultimes instants avant la guillotine…

Il voulu faire de la Vertu,

Le sain principe d’un bon gouvernement.

Mais l’ Homme n’est pas prêt, le sera-t-il un jour ?

Il y a aussi, dans la distance,

la sinistre tour de Saint Germain l’Auxerrois,

qui battit le glas pour Saint Barthélémy.

La cloche qui tinta, elle s’appelle Marie.

Elle existe encore aujourd’hui.

Et le roi « Charly

neuf»,

comme l’écrit Jean Teulé,

enfant perdu et esprit détraqué,

tirait à l’arquebuse, des fenêtres du Louvre,

quelques noirs parpaillots,

et aussi bien huguenots,

comme autant de lapins …

Il avait marié sa sœur,

pauvre roi incestueux,

à Henri de Navarre, qui en était aussi,

de cette religion, prétendue réformée.

J’aime beaucoup ce roi,

comme son frère Henri III…

Je comprends leurs souffrances tragiques…

Il faut bien que les grands aient

des douleurs de gueux…pour leur rédemption.

Et nous rentrons sous terre,

direction Auteuil.

J’irai revoir demain,

Isabelle et Sarah.

Demain, c’était hier,

Ainsi la mémoire va….

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LE COURS DES CHOSES

 Les choses sont ce qu’elles sont,

Nous sommes ce que nous sommes.

Quand pour nous, la cloche sonne

Le glas, bien sûr nous partirons.

 

« Viens vite… » elle nous dira, « …sinon,

Tu le sais bien, nous serions éternels …

Tout comme tu veux tel, ton amour d’Elle…

Sûr tu la regrettes, mais sur cela passons… »

 

Nous jetterons de nos bras, les fleurs et les herbes,

Nous perdrons du regard, les meules et les gerbes,

Nous perdrons de nos cœurs, l’émoi de l’affection,

 

Et de nos récoltes, il n’y aura plus foison,

Quelque nuit notre cœur, n’aura plus d’unisson,

Et dans nos corps vains, il n’y aura plus d’âme.

La Graverie, juin 2012.

Mélancolie 1

En passant
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NUITS

Il y a parfois quelque nuit opportune,

Qui fait du songe, une harmonie en bleu,

Où chacun, le cherchant, trouve enfin son jeu,

Où chacun a son rêve, sous un rayon de lune…

 

Il y a parfois un semblant de nuit noire,

Quand de sombres pensées tournent dans ma tête,

Et mènent sabbat pour un sombre prophète,

Qui me dit: « Tu sais bien, qu’il n’y a pas d’espoir » !

 

Il y a aussi de grises nuits de brume,

Un air marin, plein de saumure qu’on hume…

Un petit ressac qui fait le métronome…

 

De la corne de brume, vient la triste chanson,

Qui me porte au cœur, quelque glacial frisson.

Le ferry qui te porte ,  estompe sa silhouette.

Hervé ALLIOUX-La Graverie, 13 juin 2012

Mélancolie 2

En passant