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Carnet de voyage: Les préhistoriques ( Extrait du : Crime de l’Ile d’Arz – Hervé ALLIOUX )

Moi, j’étais dans le merveilleux de l’Histoire, de l’archéologie, de l’anthropologie, quelque chose comme cela…Il y a eu tellement de merveilles sur cette terre au cours de la très longue succession des générations…Qu’avons-nous hérité des préhistoriques ? Qui y pense ? Ce sont pour nous des anonymes…Nous n’en connaissons pas les visages…Nous n’avons aucune idée de la langue qu’ils utilisaient dans la vie de tous les jours, le son des mots d’amour qu’ils se donnaient, la musique de leurs paroles et le phrasé de leurs émotions, quand ils les exprimaient, heureux, tristes ou fâchés.

Nous les considérons comme des prototypes lointains, des ébauches dont nous descendons, des inachevés par rapport à nous. Nous ne leur accordons pas de grâce dans leur gestuelle, que nous n’imaginons même pas. Et pourtant, il a existé des femmes qui devaient avoir l’élégance de Maud ? Le délié de ses gestes tendres, la beauté de son port quand elle renversait sa tête en arrière pour brosser ses cheveux…Il y avait des artistes qui peignaient au profond des grottes, à la chiche lumière des lampes à huile. Et ils exploitaient les bosses et les creux des parois, ils géraient les ombres de ces reliefs pariétaux, ils les incorporaient à leurs œuvres, qui ne prenaient leur magnificence que dans le tremblement mouvant de la flamme timide et fumeuse des petites mèches. Ils étalaient les pigments, le noir du charbon de bois ou de l’os calciné, l’ocre et le rouge des oxydes de fer, ces terres dont on parle en peinture. Ils peignaient avec la sensualité que procure le contact avec la pierre lisse, le beau calcaire concrétionné. Cette surface, rendue si douce par les anciens cours des rivières souterraines disparues, ils la caressaient en mesurant l’onctuosité du médium dont ils avaient enduit la pulpe de leurs doigts. Et ils ont ressenti alors le même plaisir que nous, quand nous manions le pastel, si nous sommes peintres. Ils ont été les artistes premiers. Ils ont transformé leur émotion en œuvres sacrées tant de millénaires avant nous. Ils ont écrit la première page de l’aventure humaine, et nous leur devons une infinie reconnaissance… Nous n’avons aucune raison objective de nous sentir supérieurs à eux…Ils étaient bien meilleurs que nous dans la connaissance des plantes, des animaux…de la survie en milieu hostile. Ils avaient capturé l’énergie du feu. Bientôt ils deviendraient métallurgistes…Bientôt ils pratiqueraient l’élevage, l’agriculture…Leur intelligence était aussi puissante que la nôtre, à l’orée du néolithique, il y a 12 000 ans. Leurs sentiments aussi déliés…Leurs sensations, leurs réactions n’étaient pas amollies comme les nôtres par les conventions sociales et le confort…Rien dans leur vie n’était facile, et tout était merveilleux. Ils croyaient aux forces naturelles, à l’esprit de chaque mort et ils avaient des rîtes raffinés pour témoigner du grand passage de la fin de la vie…Que pensera-t-on de nous quand on trouvera nos restes dans la couche épaisse que les archéologues nommeront sans doute « le poubellien de la fin du deuxième millénaire d’un courant religieux qu’on appelait alors le christianisme, avéré par de nombreux documents trouvés dans la même strate, lors des fouilles…A moins que ces fameux documents ne soient des relevés des cours de la Bourse ? ». De quoi serons nous morts ? Qu’est-ce qui effacera nos civilisations, nos cultures, comme disent les archéologues ? L’envie, le goût de lucre, l’instinct de domination ? Le goût de mort ? Celle des autres, bien sûr, pas la nôtre. Nous crèverons de consumérisme ? De spéculations hasardeuses ? Nous épuisons la planète. Nous nous comportons comme des rats. Les rats, quand ils sont en surnombre, ils perdent leurfertilité. N ‘est-ce pas ce qui est en train d’arriver ? Ce qui est déjà arrivé, à moi comme à Maud ? 

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3 réflexions sur “Carnet de voyage: Les préhistoriques ( Extrait du : Crime de l’Ile d’Arz – Hervé ALLIOUX )

  1. Oh, c’est vraiment superbe ! C’est un livre que tu écrit ? ou as écrit ?

    Quand j’étais jeune, mon rêve était de devenir archéologue, j?ai dévoré tous les livres de Parrot que tu connais peut-être sur Mari, la Mésopotamie…..
    Ce rêve me revient de façon récurrente ….c’est pour ça que je cours les ruines de la méditérannée, les allées couvertes de Bretagne, les restes de pilotis des cités lacustres des lacs suisses…
    Et demeure cette question…que pensera-ton de nous ? rien de bon sans doute aucun….de toute façon, nous ne laisserons rien..ni papier, ni idées……..rien que des déchets

    Bon W-E quand même 🙂

    • Marie,
      Mille mercis pour ton appréciation sur mon texte. Je ne te cacherai pas que cela me fait un immense plaisir…
      Oui, c’est un livre que j’ai écrit: « Le crime de l’Ile d’Arz »… J’avais commencé un premier roman, il y a à peu près sept ans:  » Les Dérivantes ». Une histoire d’amours assez particulières entre deux jeunes femmes, au Canada, en 1759. Aventures et histoire…Un aspect des choses qui m’intéressait beaucoup, avec une once de merveilleux…Il manque deux ou trois chapitres pour conclure, car les destins de mes héroïnes peuvent être très variés et je suis limité par le mal que je pourrais leur faire…et entre ces destins possibles, je n’arrive pas encore à choisir !

      Donc, ces deux dernières années, j’ai écrit « LIle d’Ara ». C’est un thriller et une romance entre un homme déjà âgé, vieux et malade et une jeune femme pleine de secrets…et qui va le ramener à la vie, sur fond de traffic de drogue. Les iles du Ponant servent de cadre…C’est de l’une d’entre elles que vient aussi mon nom, assez rares et mes racines profondes.
      Je partage avec toi la passion de l’archéologie. Avec la lecture de Dumas, c’est sans doute cela qui m’a poussé à devenir prof d’histoire…Mais comme j’ai aussi une formation de géomorphologue, j’ai eu la possibilité de « gratouiller » un peu certains sites…Mais pas les palafites dont ton pays bénéficie…Je ne suis jamais aussi alerte et émoustillé qu’en sautant de pierre en pierre sur quelque beau site archéologique, en Crète, Grèce ou Sicile…Je n’ai pas assez de place pour évoquer ces plaisirs qui me viennent…ne fusse que devant un tesson de poterie ou un éclat de silex !
      En ce qui concerne Parrot…Celui que je connais est Jean-François Parrot, avec deux « r ». Ex diplomate et auteur de la série des Nicolas le Floc’h…Est-ce celui-ci dont il s’agit dans ton commentaire?

      Je suis très heureux que nous ayons des passions en commun. On ne rencontre jamais les autres par hasard, j’en suis de plus en plus convaincu et fermement persuadé que la vie est un roman…
      Encore merci, Marie
      Prend soin de toi.
      Amitiés et à bientôt
      Hervé

      • juste pour info : mon Parrot à moi (avec 2 P:-) est André…un archéologue qui a fait des fouilles en Mésopotamie, à Mari en particulier, qui à écrit un merveilleux Sumer dans « l’Univers des formes »….

        Je crois bien que j’étais un peu amoureuse de lui quand j’avais 20 ans 🙂

        Cela doit être absolument passionnant et inquiétant d’écrire des romans…un ravail sur la durée dpnt je suis incapable.

        Bon dimanche
        Je file travailler un peu dans mon jardin 🙂

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