Fable de Saint Hervé

   FABLE de SAINT HERVE

Hervé me fut lors donné comme patronyme,

Et c’est un Saint breton, mon cher homonyme !

Gamin, je détestais fermement ce prénom,

Qui ne me disait sans doute rien de bon.

Au fil des ans, pourtant, je m’y suis habitué.

Pour qu’il ne gène pas, je l’ai phagocyté,

Tentant de l’entourer d’un peu de distinction…

Bien heureux qu’on le dise, avec de l’affection…

Vieillissant, je deviens fier, et cela sans émoi,

De la correspondance entre ce saint et moi.

Sachez que ce saint là, ne le fut pas toujours,

Et cela me soulage, qu’il prit tant de détours,

Pour marcher doucement vers la béatitude.

Je n’y atteindrai pas, et ce m’est certitude !

Car pécheur j’ai vécu, avec quelques bonheurs,

Et n’ai jamais rêvé de gloire ni d’honneurs…

Hervé devint aveugle, soudainement :

Peut être de naissance, ou jeune pareillement…

Miraud, telle chaufferette, je le tiens d’héritage…

Hervé avait reçu don de quelque ermitage,

Et cela m’enrage, d’habiter dans un lieu

Citadin, certes, mais bien moins prestigieux.

Notez toutefois, que la sainte demeure

Etait sans aucun doute fort mal clôturée,

Le loup y vint, par une pluvieuse nuitée.

Il y resta ainsi jusqu’à la matinée.

Le disciple d’Hervé labourait, ce jour là.

Les gens sont pauvres, en ce lieu, par là bas…

Ils n’ont point de bœufs à mettre à l’attelage,

Et très peu de légumes pour un clair potage.

C’était un âne têtu qui tirait l’araire.

D’un croc, le loup fit au baudet son affaire.

Le disciple était sans doute indigeste,

Car, chez les saints, on a le jeune preste,

La peau collant à l’os et la joue fort creuse.

Pour un loup, l’agape n’est guère sérieuse !

Qui d’un maigre manant, ne pourrait lors tirer

Autre met que des os, pour un petit goûter…

Le futur moinillon, lui, se voit en gloire

D’ainsi travailler et sans manger ni boire…

C’est allégeance à une foi tyrannique,

Que d’afficher une tournure bien étique !

Mon Dieu, certes plus aimable, de bonne chair

Me permet d’user, comme d’un peu de vin clair…

Je crois que la machine, il nous faut la nourrir,

Et vivre en santé, au lieu de Foi périr.

A être repu, on a le cœur aimable,

Et qu’on y songe, sans doute plus charitable…

Pour revenir au saint, le voilà bien fâché !

Son âne dévoré, c’est un mauvais marché !

Par le col, sans crainte, il cravate l’animal,

Dont tous ont fort peur et ce n’est point banal,

A l’araire, Ysengrin, sans tarder il attelle !

Et sans plus barguigner, ainsi il l’interpelle :

« Pour le prix de mon âne, tu es mon prisonnier,

Et toute ta vie durant tu devras le rester.

Mon chien tu deviendras. Lors de mes pastorales

Tes pas aux miens joindras…Et pour la morale,

Aux gens tiendras pour vrai, le pouvoir de la foi,

Qui des loups fait moutons, pareillement pour toi ! »

Mais il faut dire encor d’autres actes du saint,

Car des miracles, pour lors il en fit maints :

Tout enfant, Hervé perdit une dent de lait.

On dit qu’aussitôt elle devint luminaire. De fait,

Elle éclaira bientôt toute une vaste région :

Hervé, en sa cécité, apporte la vision,

A ceux qui veulent bien le laisser les guider.

Fils de barde, de même il savait versifier.

Et lorsqu’il parlait, l’élégance des mots

Lui venait aisément, en bouche aussitôt.

Mais toute médaille a bien sûr son revers,

Et mêmes les saints subissent quelques travers :

On le nomma plaideur dans certain parlement,

Tant, en Bretagne, on louait son jugement.

Prélats, princes et rois souhaitaient

La rigueur de sa sincérité, ou aimaient

A le voir s’impliquer…Tant les puissants,

Fourbes par nature, tendent à mettre en avant,

Un vernis de vertu à leurs vilains complots.

On invita Hervé à juger Conomor.

Qui était-il ?…Pareil à Barbe-bleue! Lors,

Noir criminel bien avant Gilles de Rais !

Hervé, naïf, de bonne foi quant aux faits,

Convainquit Conomor des terribles délits,

De rapt, d’ infanticide et de sodomie…

Les preuves étaient minces, les témoins peu sûrs,

Mais Hervé croyait de ces gens l’âme pure…

Qui sur la Sainte Croix avaient prêté serment,

Lors qu’en enfer ils brûleraient tels sarments …

On montre, par cet exemple, que les saints

Ne sauraient être toujours par bonne main

Manoeuvrés…Au bon cœur s’allie naïveté,

Et cela, le Malin sait fort bien l’exploiter…

Il semblerait tel que ce fut une cabale,

Ourdie mine de rien, et c’est lors scandale,

Contre Conomor, qui s’était montée là…

Hervé l’appris… bien après le jugement, cela…

Mais il était trop tard ! Il s’était retiré

Sur quelque chauve mont, où va, même l’été,

La pluie s’épandre en nappes sous les nues,

Accrochées aux noires roches grenues…

Là était l’ermitage, Lan-houarneau,

Le domaine d’Hervé, où plutôt son tombeau,

Car il y demeura, le reste de ses jours,

A méditer, sur les voies du seigneur qui sont,

Même pour un saint, parfois impénétrables.

J’en suis bien convaincu et aussi misérable…

Car nous sommes parfois des êtres malléables…

Et il est plus aisé d’apprivoiser un loup,

Qu’attendrir des humains. Il s ‘en faut de beaucoup !

 

Hervé ALLIOUX, La Graverie – mai 2013

6 réflexions sur “Fable de Saint Hervé

  1. Ouah ! Fort bien tourné !
    Hervé en seigneur aveuglé,
    Trouvait que l’inhumanité,
    Etait plus dure à corriger,
    Que la dent d’un loup affamé…
    Ce en quoi il n’aurait pas tort,
    Repu, le loup des bois s’endort,
    Alors que l’Homme d’aucun remord,
    Parfois répand le désaccord.
    La morale était un tombeau,
    Paix à son âme de hobereau.

    Bonne soirée maestro

    • « Maestro » est un bien joli mot.
      Mais il peut donner aussitôt
      Un fort large tour de tête.
      On m’a payé pour ma fête,
      Un si beau et noir chapeau.
      Si je le vois tout en haut,
      Comme juché sur ma cabèche,
      Un coup de vent qui se dépêche,
      Pourrait l’envoyer à la pèche
      Et se noyer dans la rivière…
      Il n’empêche que je suis ravi;
      Et de m’écrier : « mille mercis »,
      En courbant bien bas l’échine…
      Un compliment ne se décline
      Venu d’une telle poétesse,
      Il vous net le coeur en liesse !

      Bonne soirée, Hervé « le Hobereau.

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