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De peu et de rien…

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C’est une île, comme ça, toute simple…

Juste avec un palmier au milieu; un petit tas de sable

qui pointe de l’océan, tout autour, deséspéré d’être toujours bleu.

C’est là, juste pour un éventuel naufragé.

Mais il n’y a pas encore de naufragé.

C’est à dire qu’il y en aura peut être un…Peut être même pas…

Il n’y aura pas de télévision pour en parler, c’est trop loin…alors le naufragé, pas rentable….

Et comme il n’y a pas, sur l’île, de bouteille échouée, il n’y aura pas de bouteille à la mer non plus !

Personne ne saura ce qui se passe sur l’île.

C’est pas comme dans le Petit Prince:

Il n’y aura pas d’aviateur qui se posera sur l’île:

Elle est prop petite, et puis il y a ce foutu palmier en plein axe d’approche…

Vous vous rendez compte, pourquoi pas un clocher, un minaret, une éolienne…

On met n’importe quoi sur les îles, de nos jours…

De toute manière, je reviens au naufragé, aucun bateau ne passe jamais dans ce coin d’océan,

et aucun avion ne le survole . C’est pour cela qu’il n’y a pas de bouteille non plus.

Faut être logique !

L’océan c’est trop grand…Les hommes y ressemblent à des fourmis embarquées sur des fétus de paille.

Il n’y a qu’une noix de coco qu’a réussi à dériver jusque là.

Il paraît que c’est un des grands mystères de la vie…

On la trouve parfois où elle ne devrait pas être…Juste pour qu’un jour Darwin passe et dise:

« Tiens, c’est l’Evolution. Si j’ai un océan, un tas de sable et une noix de coco qui donne un palmier,

je vous dis qu’un jour, il y aura un naufragé ! »

C’est curieux, vraiment curieux, trés curieux…

Les seuls qui sachent de quoi il retourne, ce sont les dessinateurs des journaux amusants.

Ils dessinent toujours la même île: celle dont je vous parle.

En fait, l’île, c’est vous, c’est moi: ce n’est pas permanent, pas durable, pas solide…juste une pensée d’île lambda.

La durée est aux pierres…

A l’homme, elle est chichement comptée…

Alors l’homme il laisse des signes, comme la noix de coco laisse un palmier,

et s’il veut faire durer, il entasse des pierres,

comme sur la photo que je vous offre en tête d’article…

Bien à vous…

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De l’Art – 2 – (essai)

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L’idée que dans beaucoup de domaines il existe des éléments de permanence, des thèmes récurrents, m’a toujours semblé profondément rassurant. Il en est ainsi des sources d’inspiration des artistes qui se transmettent de siècle en siècle et constituent des éléments qui charpentent ce que nous appelons « une civilisation » ou encore « une culture ». Cela ne s’applique pas à la seule civilisation occidentale, mais aussi à toutes les autres présentes sur la planète. Certes, les cultures sous-tendant les « Arts premiers » nous sont moins faciles à saisir si nous ne sommes pas spécialistes. Mais de toutes manières, les racines des formes artistiques contemporaines ont souvent aussi à être expliquées.

Lors d’un court séjour à Venise en octobre 2012, j’ai eu l’occasion de visiter le Musée Guggenheim situé à l’extrémité méridionale du Grand Canal, à quelques pas de l’église Santa Maria della Salute.

Le Musée est un bâtiment bas aux lignes épurées. On entre par un joli jardin arboré, (Venise est une ville verte pleine de jardins secrets dont on parle rarement), et ce jardin renferme une collection de quelques belles œuvres contemporaines.

Je suis tombé en arrêt devant une statue de Pericle FAZZINI (1913-1987) dont je publie ci dessus quelques photos.

J’étais attiré par la plastique très dépouillée de ce bronze et par l’attitude de concentration et de repli sur soi qui émanaient de la statue. Elle protégeait ce qu’elle pensait, son monde intime dans l’univers clos de ses bras, de ses jambes, de sa tête inclinée dont on ne pouvait qu’à peine distinguer les traits.

Ces traits étaient-ils fins et réguliers ? On ne pouvait le savoir. Etait-elle triste ? Pleurait-elle ? Comment le deviner ? Si elle avait été une personne de chair, nul doute que je me serais penché sur elle, pour élucider ce mystère. Au moins aurais-je posé une main délicate sur son épaule, pour qu’elle redresse la tête et que je voie ses yeux. Elle ne boudait pas, comme d’aucuns l’auraient pensé.

Elle n’était pas craintive. Sa manière d’être assise, comme une estivante sur une plage, n’évoquait nullement le repli foetal de qui s’attend à subir la violence. Il y avait là un mystère…

Et puis j’ai regardé la plaque qui donnait le titre de l’oeuvre : « Grande donna seduta Sibilla »

La Grande Dame assise…La plaque indiquait aussi que l’original, sans doute en terre, avait été réalisé en 1947, mais coulé en bronze, seulement en 1956…prés de 9 ans plus tard…Nouveau mystère…Et puis, la plaque portait aussi un mot qui ouvrait une piste pour le thème traité : « Sibilla », Sibylle, en français.

De retour chez moi, j’ai entrepris un petit travail de recherche qui m’a beaucoup amusé et justifie mon propos sur la permanence des thèmes.

De nombreux artistes, à partir de la Renaissance, se sont inspirés de l’Antiquité et de la mythologie grecque et romaine. C’est chose entendue. Mais qu’est-ce qu’une sybille ? C’était une devineresse. Mais à la différence de la Pythie du temple d’Apollon à Delphes qui était attachée au sanctuaire, une sibylle était itinérante.

Bien sûr, elle jouait les oracles, interprétant les paroles du dieu interrogé pour les rendre intelligibles aux pauvres humains. Elle tenait en fait des propos ambigus. Son discours était assez versatile pour ne pas se laisser enfermer dans notre logique maladroite de questionneurs pas toujours bien intentionnés. Elle disait l’avenir, thème éternel de ce que nous voudrions tous savoir. Elle faisait aussi des prophéties qu’il fallait interpréter. Vous savez bien, quand nous ne voulons pas répondre à une question….nous nous en tirons parfois par des propos « sibyllins »…Il y a des personnes qui sont très fortes à ce jeu…

En fait, il n’y a pas eu qu’une sibylle. On en comptera jusqu’à douze…sans parler de celle figée dans le bronze par l’artiste italien. Mais sachez, je plaisante, que les sibylles étaient des êtres immatériels, des apparitions, au même rang que les nymphes ou les muses…

Sachez aussi que son prototype, apparu aux temps post homériques (VIIIe siécle B.C.-) fut Cassandre , célèbre en Ionie non loin du mont Ida et de la plaine d’Illion.

Ce qui en fait est très curieux, c’est que l’église chrétienne médiévale l’adopte en tant que prophétesse. A la Renaissance, à Sienne, le pavement de la cathédrale s’orne de dix sibylles messagères de la révélation. Et en pays Catalan, « le chant de la Sibylle » fait partie de la liturgie de Noël…

C’est donc la concentration recueillie de la statue qui m’a frappé dans le jardin Guggenheim. Je ne vous dirai pas la révélation qu’elle m’a peut être faite…Car là, nous entrerions dans le domaine privé et je suis partisan du « keep your secrets, secrets »…

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